Textes et nouvelles

Samedi 7 février 2009





On était tous amoureux de Carole F. en classe de Seconde et son empire s’étendait jusqu’aux franges les plus averties des Terminales, celles  dont la virilité un peu plus affirmée permettait de dépasser l’opprobre (fatal à 17 ans) frappant quiconque s’intéressait  à une fille plus jeune.  Alors quand en allumant Facebook je suis tombé sur sa « demande d’ami», j’ai immédiatement cliqué sur « accepter ». Carole F. et moi étions maintenant « amis ».

Si on m’avait dit ça il ya a vingt ans, j’aurais tout lâché dans mon caleçon Coup de Cœur (quelle ironie du mon pour un caleçon d’ado, coup de queue m’aurait été bien plus utile !) car nous n’étions pas de la même planète, Carole F. et moi. Elle était de ces filles d’une année qui demeurent la référence de toute une vie, de celles qui de leurs longs cils gravent à jamais le cœur d’un homme et qui, de suite après sa mère, façonnent ses désirs, ses craintes et les plus inavoués des ses fantasmes. Carole F. était  de cette race-là sauf que, contrairement aux autres rares spécimens de son espèce, elle le savait.

Quelques jours plus tard, je recevais un message :

« Hello Cédric,

Quelles incroyables retrouvailles cybernétiques ! Les progrès des technologies de l’information ne cesseront jamais de m’étonner… Dis-donc p’tit loup, ça te dirait de sauter le pas ou plutôt de franchir l’écran pour nous retrouver en chair et en os ? J’ai aussi eu des news de Sandra C. La jolie blonde… tu te rappelles ? On pourrait dîner tous les trois, histoire de comparer nos rides… :)))

A toi de jouer beau brun ! Je t’embrasse.

 Carole. »

P'tit loup, beau brun : j’aurais du me douter de quelque chose mais sur le coup je n’ai pas relevé la flagornerie étant donné, il faut bien l’admettre, que le tocard timide et boutonneux de la Seconde s’est transformé en ce qu’on appelle communément un beau mec. Je fais du sport, je m’épile le nez, j’ai lu tout Houellebecq, j’ai divorcé, je vais aux soldes privés de Gucci, je bois modérément et je baise plutôt pas mal, j’ai une bande de potes de l’ESSEC, je pars au ski deux fois par an, je pense à droite mais je vote à gauche, je dépoussière mon Damien Hirst au dessus du canapé, je bosse à la banque et je ne mange pas de viande. Un mec bien sous tous rapports, un bon parti comme dirait cette conne de mon ex. J’adore ma vie (ou plutôt je l’adorais).


Rassuré par mon nouvel ego, je n’ai rien vu venir alors que j’aurais du m’étonner du seul fait qu’elle se rappellait de ma couleur de cheveux, le belle Carole qui, en toute une année de scolarité commune, ne m’avait jamais adressé la parole si ce n’est distraitement, dans les couloir en ébullition avant le début du cours, sans me concéder un vrai regard, dans le seul but avoué de recopier mes exercices de maths. Carole. On en était tous dingues. LA fille. Elle et pas une autre.


Retour en 2008. Le soir du rendez-vous arriva très vite. Je n’y pensai pas plus que ça pendant la semaine qui le précéda. Elle nous avait donné rendez-vous dans un bistrot parisien plutôt connu mais rien d’ultra-hype comme j’aurais pu m’y attendre de la part d’une ex-icône de la mode qui imposait le revers de jean de la saison en une seule traversée de la cour de récréation.


Je m’étais tout de même laissé pousser la barbe depuis deux jours histoire d’arborer un look à la « rien à branler de ce rencart » mais mis à part ce détail pileux, je n’avais rien programmé ce qui explique que je me changeai six fois et mis mon dressing à sac avant de me saigner les gencives au fil dentaire et de claquer la porte, légèrement en retard. Cela aussi faisait partie de mon plan : arriver légèrement après elles, en mâle dominant et attendu, prêt à jeter mon dévolu sur la génisse la plus proche de sa période d’ovulation, espérant ainsi provoquer une certaine émulation entre les deux femelles. Une technique qui avait fait ses preuves.


C’est là que j’entrais en scène. De l’autre côté de l’épais rideau de velours qui pendait devant la porte d’entrée, une grande salle feutrée, éclairée de gros points de lumière jaune, des serveuses aux cheveux attachés et aux gros seins moulés dans des chemises boutonnés jusqu’au cou et aux longs tabliers qui leur marquaient la taille, les couverts qui sonnent bruyamment comme des fleurets qui se croisent, des voix graves qui se haussent parmi le brouhaha, des aigües qui se rebiffent, des rires de tout calibre qui ondulent parmi les tables et qui se font voler la vedette par un dernier, plus sonore, hurlant comme une sirène de pompiers jusqu’à percer le plafond : une vraie opérette d’Offenbach.


Je n’eus pas de mal à les reconnaître. Les mêmes, les joues en moins. La brune et la blonde. Elles ne m’avaient pas attendu pour se mettre à table et lorsqu’elles me virent elles se levèrent de concert. Carole me pris dans ses bras comme un grand ami qui fêterait son anniversaire et Sandra embrassa distraitement du bout des lèvres les deux parcelles d’air qui voguent de ma mâchoire à mes lobes d’oreilles.


C’est pourtant elle qui me fit le plus d’impression au premier abord. Elle avait un je ne sais que de Sharon Stone, en moins souriant. Je la trouvai très chic et je m’imaginais que sous son port de tête hautain se cachait un esprit pervers, un volcan de sensualité, je l’imaginais être l’une de ces femmes qui t’attachent au lit et te chevauchent à grands coups de hanches en t’intimant de les traiter des sobriquets les plus salaces. C’est vrai, c’est un peu cliché mais j’ai toujours eu un faible pour les blondes à l’air intelligent.


Les filles se rassirent rapidement et reprirent leur verre. Un pinot noir d’Alsace millésimé. Je compris vite que cette soirée allait me coûter un peu plus cher que prévu. Je ne croyais pas si bien dire.


Elles reprirent leur conversation là où elles l’avaient laissée et j’eus un peu de mal à me glisser entre les répliques de leurs dialogues complices. Carole, qui s’en rendit compte, me lança comme une bouée de sauvetage un « et toi ? Raconte-nous un peu qui tu es devenu ! »


Alors je me racontai. On but ensemble et Carole recommanda la même bouteille. Elle goûta l’excellent vin après l’avoir humé longuement. Elle riait souvent et bruyamment entre deux rasades de ce breuvage rouge rubis, laissant surgir une dentition rectiligne et cisaillée par endroits, des dents de croqueuse. Je me la rappelais plus grande et plus pulpeuse, Carole,  ses yeux de lionne et sa longue crinière épaisse qui lui fouettait jadis le dos à chacun de ses pas. Vingt ans après, elle la rassemblait en un gros chignon défait qui tenait en défiant toutes les lois de la pesanteur sur les hauteurs de sa nuque. Perçant comme deux chardons son visage émacié au teint pâle, ses deux petits yeux étincelants faisaient presque mal à voir. Elle se cachait sous une veste de smoking d’homme qui  baillait lorsqu’ elle s’adossait à sa chaise et révélait un chemisier blanc tout à fait transparent ponctué de deux petits monticules couleurs pourpre plus au moins saillants au gré de la conversation et de la température ambiante.

 

Et je continuais de parler de moi, de mon amour pour l’art, de ma réussite, de mon ex-femme et je comprenais petit à petit qu’elles ne m’écoutaient pas vraiment. Sandra, chargée de clientèle dans une grosse boite d’événementiel, tapotait par intervalles sur son Blackberry et vérifiait discrètement sa cire parfaite dans le reflet de son couteau tandis qu’elle nous énumérait ses clients et expériences amoureuses dont le lien de cause à effet m’échappait la plupart du temps. Seule Carole ne parlait jamais d’elle.


Puis ce fut le tour programmé de l’inventaire des souvenirs d’adolescence : les anciens de l’école, les profs dont on se rappelle à peine le nom, untel qui est devenu maire d’arrondissement, l’autre dont on a perdu la trace, le mec de la file et la sœur du type, celui qui a eu un triple cancer et celle qui a pris trente kilos. On en fit vite le tour et on n’eut bientôt plus rien à se dire.


On finit par commander. On avala tous des huitres en entrée. Sandra qui faisait attention à sa ligne se contenta d’une salade verte et craqua sur des escargots.


-          Non mais tu ne vas pas manger ça ! C’est immonde !  laissa s’échapper Carole.

-           Oui, je sais c’est super gras, du cent pour cent beurre…  lui rétorqua Sandra obnubilée par son apparence.

-          C’est pas ça…

-          Oui ok, j’aurai une haleine pestilentielle mais bon, y a pas de mec en vue ce soir ! Euh... Non mais  Je dis pas ça pour toi Cédric, tu comptes pas toi, on est de vieux amis tous les deux !


Et dire que je commençais à peine à  sortir ma coquille, je voyais tous mes espoirs de m’en enfiler l’une des deux se dissiper derrière une épaisse couche d’ail et de beurre persillé.


Carole commanda un tartare. Puis un autre. On rebut encore. Je commençais à avoir chaud. Sandra se décomposait sous les effluves de l’alcool. Plus je la regardais sucer ses escargots cramoisis et plus la cire parfaite et super-poudrée de son front fondait et laissait apparaître un épiderme luisant entre de larges pores rosis. Ses doigts parfaitement manucurés marquaient maintenant de leurs larges empreintes grasses  l’écran du Blackberry dernier cri. Elle enchaînait les mails et reniflait du nez.


On transpirait tous. Carole dévorait son tartare et resplendissait. Ses joues rosissaient, son buste se redressait, elle redevenait petit à petit la Carole belle, intelligente et enjouée que j’avais connu au lycée. Elle fit un geste en arrière et fit tomber sa veste qu’elle enfila sur sa chaise. C’est comme si elle avait été nue. Un voile infime recouvrait ses seins, une étoffe aussi inconsistante que la toile de Pénélope au lever du jour. D’un tour de magicienne, elle retira une grosse épingle de son chignon, comme on extirpe une lame de la chair et laissa dégringoler ses cheveux torsadés sur ses épaules. Elle secoua la tête et je faillis tomber amoureux. Elle me regarda avec ses yeux de chat comme pour me dire : « j’ai compris ». Je me sentis tout nu. Je bandais presque entièrement. Il me la fallait.


-          Je peux gouter ?

-          Je croyais que tu ne mangeais pas de viande !

-          J’en ai très envie ce soir.

Elle me lança un regard de prédatrice, sourit et glissa sa fourchette dans ma bouche.

-          Café ?

-          Vous voulez le prendre à  maison les filles, je vous montrerai mes estampes japonaises !

Elles rirent toutes les deux mais une seule accepta. Sandra devait se coucher tôt. J’invitai tout le monde et on se salua en se promettant  de se revoir.

Dans le taxi, pas un mot jusqu’à chez moi.

Je la précédai dans l’escalier comme il se doit et je sentais son regard qui me scrutait. Je refermai la porte. Elle s’adossa au mur et laissa couler la chainette de son sac jusqu’au sol. Elle ne bougea plus. Elle me laissait l’avantage. C’était plutôt fairplay de sa part. Elle se donnait à moi.

Et puis tout s’enchaîna très vite. Je lui pétris les fesses en lui avalant la bouche, je la bousculai contre le mur, j’étais redevenu un carnivore, un fauve, je lui chopai le sexe  à pleine main et y glissai un doigt, puis deux jusque dans sa fente pour  l’humidifier mais elle était déjà bien à point, je la collai contre ma queue à bloc pour qu’elle puisse en sentir la puissance contre son ventre.

Elle émit un long soupir. On se débarrassa de la culotte, je lui relevai une jambe bien haut et la pris d’un coup contre le mur. Je l’entendais gémir  et cogner contre la paroi puis elle me repoussa en riant très fort  et elle me lança du fin fond des ténèbres un « Viens voir ! ».

J’avais certainement trop bu, j’étais fait, je n’ai pas compris ce qui est arrivé par la suite.  On a baisé sur la table du salon, sur le canapé, sur le tapis, je l’ai vue sur moi de face, de dos, sur le côté, elle m’a mordu partout, ma griffé, retourné, tordu, contorsionné, sucé jusqu’à la moelle, elle m’a fait hurler, m’a complètement vidé. Elle est partie alors que je dormais encore.

Je me suis réveillé le lendemain assoiffé et affamé. J’ai foncé dans le frigo et englouti un litre de lait. Mais rien n’y faisait. Je n’avais plus qu’une image en tête : Carole. Elle n’avait rien laissé : pas un mot ni un numéro de portable. La pute. Mais il fallait que je la retrouve, que je la revoie. J’étais en manque d’elle. Elle était ma came.

Facebook ! Je me connecte et rien. Plus aucune trace de nos échanges. C’est comme si elle n’avait jamais existé. Je tape son nom et rien n’apparaît. J’ai mal partout. Mon corps est tailladé de toute part. Ce n’est pas possible ! Je tape « Carole F. » sur Google. Je fouille. Il me la faut. C’est animal. J’ai mal à la nuque. Ca me brûle au niveau du cou. Je touche. Comme une croûte épaisse. C’est du sang séché. Quelle vorace ! Elle m’a griffé jusqu’au sang ? Je palpe de mes phalanges : c’est étrange, comme deux croûtes saillantes. Elle m'a laissé deux trous coagulés dans le cou. Je vais dans la salle de bain pour regarder mes cicatrices dans le miroir. J’ouvre la porte. Je rentre. Je suis devant le miroir mais je ne vois que la porte derrière moi. Je cogne l’évier, ça fait un boucan monstre... Je suis bien là pourtant mais je ne me vois pas. Aucun reflet. Je touche le miroir, je le sens sous mes doigts mais je ne vois pas ma main. Je ne comprends pas. Je retourne devant mon ordinateur. Carole F. sur Google : « Carole F, décédée en 1991,  enterrée au cimetière de Neuilly sur Seine ».

 

 

Texte dép. SACD.

Par Lili Castille
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Jeudi 15 janvier 2009





Extraits choisis de la correspondance  érotique de deux époux séparés pendant la  première guerre mondiale. Constant et Gabrielle se sont mariés en 1904. Ils tiennent un petit commerce de vins et spiritueux dans un petit village du Jura jusqu’à ce que Constant soit mobilisé en 1915.

 

Lettre de Gabrielle, 24 août 1915

Retire-toi dans le petit endroit réservé à tous et là réfléchis à ce que je te dis. En rêve suppose que je suis contre toi. Prends la petite qui bientôt à ma pensée sera surchauffée ; fais-toi pointu et donne avec efforts tout ce qu’elle me destine. Tu verras comme ce sera bon et comment tu seras soulagé. Ne fait pas cela trois semaines avant ton arrivée ici car tu aurais de la peine à agir ensuite. Il faut conserver ta bonne liqueur quelque temps de façon à ce que le flacon reste bien plein.

Lettre de Constant, 2 septembre 1915

J’aurais bienvoulu avoir la chère mignonne, va ; mon désir ardent toujours a été violent cette fois-ci, mais j’ai eu beau jeu d’user d’expédients, le lulu a fait la sourde oreille ; on dirait qu’il se refuse à tout et ne veut être gentil qu’avec sa petite sœur. Ah ! Si elle avait été là, ça aurait été les inondations de 1910 !

Lettre de Gabrielle, 7 septembre  1915

Alors ce petit lulu ne veut pas fonctionner du tout là-bas ? Mais pauvre chéri tu n’as pas pu suivre exactement mes conseils, n’étant pas dans votre abri. C’est au cantonnement seul que la chose sera faisable. Il faut que tu puisses te mettre alaise et que ton attouchement la fasse vibrer en la frottant toi-même du haut en bas et cela à toute vitesse. La chaleur jointe à mon souvenir complètera l’excitation  et les veuveux de lulette chatouilleront le petit lulu encore davantage. Je suis désolée de te voir souffrir ainsi et vraiment, c’est intolérable pour toi. Il vaudrait encore mieux, je crois, que tu puisses rencontrer une femme proprette et saine qui te fera passer tes moments de passion sans que tu y attaches le moindre amour.

Lettre de Constant, 11 septembre 1915

Ah ! Combien j’étais heureux avec toi et je ne le savais pas. Mais tu sais ma belle la Guerre m’aura servi et je saurai apprécier mon bonheur futur qui sera plus grands encore que le premier. Ma chère belle, ne me prends pas pour un martyr, ma souffrance sexuelle ne va pas à ce point. Ne cherche plus d’expédients, ma belle, pour me procurer de bienfaisants épanchements, je veux tout garder pour toi. As-tu donc peur que je t’en livre trop ? Mais je ne saurais avoir recours à un bon remède car c’est toi et toi seules qu’il me faut.

Lettre de Gabrielle, 13 septembre  1915

Mon adorable petit totome, comme nous allons être heureux cette première nuit !  Ce sera une grande fête et dans nos cœurs et à la maison ! Moi je tiendrai lulu, toi tu tiendras lulette et il en sera ainsi dans tous nos instants de solitude. Je te promets que lulu ne s’en ira pas gonflé comme il arrivera. Ah non ! Je veux qu’il soit entièrement soulagé et qu’il ait même besoin de repos à ton départ.

Je suis très heureuse de savoir que mes lettres te font grandement jouir. Je voudrais qu’en les lisant ton jet parte tout seul. Prends tes précautions auparavant et glisse un mouchoir contre le lulu afin qu’il décharge à volonté. Je me cache dans les jambes de mon totome en mettant ma languette contre le lulu bien-aimé.

 

Un mois plus tard, Gabrielle rejoint son mari pour quelques jours avant que le régiment de celui-ci ne soit envoyé en Serbie. Ils ne se reverront plus. Atteint de dysenterie, Constant meurt à Salonique le 5 janvier 1916. Gabrielle lui survivra jusqu’en 1969.

(Sources : le monde hors série oct-nov. 2008)

Merci à Anne D. qui m’a fait découvrir ces jolis mots !
http://lapapoterie.blogspot.com

 




Par Lili Castille
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Lundi 5 janvier 2009


A genoux devant ton connin
Je tire une langue lubrique ;
Elle connaît ce beau chemin
Ouvert à mes seules gymniques.

Elle pénètre avec délice
Et frotte ton ardent bouton,
J'aime habiter entre tes cuisses
Qui sont mon splendide donjon.

Pâme-toi dans ta nudité
Et jouis dans ma bouche heureuse
De boire, unique volupté,
Ta décharge si savoureuse.

Et ton mirely que veut-il?
Mon doigt, ma langue, ma mentule,
Qu'il choisisse bien - c'est subtil -
Ah! viens Amour que je t'encule.

                      

                                                       Louis de Gonzague FRICK, 1921



Merci à toi , l'homme pas comme les autres...

Puis, j'en ai reçu un autre qui m'a pareillement enchantée :



Les deux petits fragments

Tantôt à venir, tantinet prochain
D'un jour tant attendu...

Un petit glaçon
S'est épris
D'un petit caillou...

Blé d'orge sur canapé de glace
Dièdre et Polyèdre prirent place.
Et
De ce jour tant attendu
Le petit caillou s'est épris du petit glaçon...

Conjugués, conjuguant
Mêlant aux pétales de ses cristallines
Le parfum de ses silices
Au grand désespoir des quatre saisons
Ils se sont enfuis
Quelque part...

Où d'étranges silences viennent s'échouer
Dans un jardin sacré humide et doux
Dont seules tes deux lèvres ont encore le secret
.


Merci Lili-Oto !

Par Lili Castille
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Samedi 20 décembre 2008



Je ne sais plus si j’ai refermé la porte derrière moi en partant. Je me souviens juste d’avoir descendu les escaliers en retenant mon souffle jusqu’au rez-de-chaussée. J’ai ensuite posé mon sac sur la première marche, enfilé mes talons et palpé mon chignon pour l’ajuster du bout des doigts, puis j’ai repoussé de l’épaule la lourde porte de l’immeuble et je suis sortie. De l’air !

C’est une belle journée d’été. Le soleil me chauffe le crâne pendant que j’arpente le trottoir et que les promeneurs sourient sous l’ombre de leur nez. Ils me regardent bizarrement. Pourquoi est-ce qu’ils sourient comme ça ? Tout ce soleil dès les premières heures de la journée m’étourdit et pèse sur mes paupières. Je les cache derrière de grosses lunettes noires et m’engouffre vite dans la première bouche de métro.  Je m’enfonce sous terre comme dans une tanière, à l’abri de tous.  

Je sens mes pas laisser leur empreinte dans un sol ouaté et je vague sous terre comme on se réveille lentement d’une anesthésie : les méandres du métro, les couloirs, le petit carrelage blanc, les pubs qui défilent, les parfums de femme, les enfants que l’on traine, les bifurcations, les passants en sens inverse, le clochard, l’odeur de pisse. Je sens que je sors peu à peu de ma torpeur.

Le vacarme du train qui racle le quai, du frais sur mon visage, les wagons qui défilent devant moi, le reflet dans les vitres, face à moi, le train ralentit, le reflet toujours-là, les visages derrière la vitre, je le vois, le reflet devant moi, le métro s’arrête  et je la vois, en face de mes yeux, cette femme en blanc avec les orbites noires, cette femme perdue, c’est moi.

Un spasme de vomi me bloque la respiration mais heureusement rien de sort. Un éclair de lucidité vient de me  gifler en plein visage et je suis face à cette femme, les bras ballants et le teint famélique, un spectre parmi les hommes. Une angoisse fine comme une lame de rasoir s’amuse à me ciseler le ventre. Les portes de la rame s’ouvrent devant moi. Une vague de gens me repousse loin derrière et un reflux  de mains me happe en sens inverse pour m’incruster dans une foule compacte, immobile, à la chair molle et moite. Je suis coincée. Coincée avec moi-même.

Mais comment tout cela est-il arrivé ? Et dire que cette nuit devait être l’un des plus beaux moments de ma vie !


Concorde

Tout allait si bien entre nous : l’entente parfaite, avais-je eu la naïveté de croire. J’avais trouvé Sébastien à une fête de jour de l’an. Je l’avais choisi comme un paquet de bonbons sur l’étalage de la boulangerie. Il avait l’air plus neuf et plus appétissant que les autres et il m’amusait bien. Mais surtout, une fois ourlé l’emballage : il fallait voir… sous le papier, la plage ! Un beau carambar bien  lisse et bien fait, un doigt levé bien haut à la force de gravité et au temps qui affaisse, une des plus belles queues qu’il m’avait été donné de voir.  Notre amour commun pour les sucreries n’avait pas tardé à nous placer en mode croisière et on avait fini par se voir régulièrement, entre deux coups de fils distraits, pour faire l’amour et boire du champagne.


Madeleine

Une odeur de vanilline transpire des plis du cou d’une touriste allemande que l’indécente promiscuité ne semble  pas décourager et qui me crache son haleine sur la joue,  en espérant atteindre en paroles son interlocuteur dont je sens le ventre flasque me presser  le dos.

Cette odeur de fausse vanille me rappelle les chemises de Sébastien. Un jour je lui avais demandé pourquoi elles sentaient si fort le parfum de pétasse et il m’avait parlé de sa femme. Parce qu’elle l’aimait et qu’elle avait bon goût, elle terminait son repassage en aspergeant le linge d’un parfum saturé de vanille, d’ambre et de noisette. Il détestait cette odeur mais ne disait rien pour lui faire plaisir. Moi ce parfum de supermarché m’excitait par-dessus tout et je nous inventais des tas de jeux avec pour principal protagoniste cet outil de torture olfactive.


Opéra

Notre relation était avant tout une histoire de sexe, une belle histoire de sexe. En grande mélomane que j’étais – à vrai dire j’accumulais pas mal de substantifs avec le même suffixe – je jouais pendant des heures de sa flute enchantée.

Je me rappelle un de ces jours de RTT, une de ces journées ensoleillées que nous passions avec l’inconsciente bénédiction de sa femme qui ne savait pas que Sébastien était aux 35 heures, je me rappelle donc de l’une de ces journées où nous quittions la chambre d’hôtel qui embaumait le sexe et les draps trempés, l’un de ces marathons de la baise où mon Don Juan faisait moins son mignon après que je lui eus pincé le bec pendant 8 heures d’affilée, jusqu’à ce que les premières flaques d’obscurité entrent par la fenêtre et nous rappellent que le jour s’était fait la belle, tout en vaillant scrupuleusement à prendre mes pauses syndicales juste à temps pour qu’il ne me jouisse pas en bouche en plein ouvrage. Un travail d’orfèvre. J’étais la Reine de la nuit et je le narguais en lui tenant sa barbichette andalouse. Tout allait pour le mieux. Mon mot d’ordre était « Défense d’aimer » et je m’y tenais comme par nature, ou par culture : il paraît que l’amour est enfant de bohème et moi je suis née à Neuilly sur Seine.


Richelieu Drouot

Avant de rencontrer Sébastien, ma vie sexuelle se nourrissait de deux ou trois amis de baise plus au mois assidus et de quelques occasionnels. La gent masculine était plutôt encline à venir roucouler dans mon petit cul bien chaud et je le lui rendais bien. Ma dextérité était tout aussi subtile et radicale dans l’art du texto que dans celui de la fellation, si bien que mes fins de semaines étaient rarement solitaires. Ma vie sentimentale, quant à elle, n’existait pas et j’étais plus émue par la cambrure d’un stiletto de Louboutin que par un sourire d’homme.

L’amour ? De la poudre aux yeux. Je n’allais pas accorder de l’importance à  de viles projections de névroses enfantines, d’opaques complexes freudiens remis à la sauce quotidienne, à cette voie détournée pour justifier un narcissisme primaire, un sujet à la con pour les chansons de Jean-Jacques Goldman et pour faire chialer les pucelles…

Haut perchée sur mon étalon de gloire, je jouais les amazones et m’amusais à singer les amoureuses, le cœur sec comme une poussière : je battais des cils et prenais des postures, parsemais nos conversations de quelques soupirs et compliments bien sentis, lâchais du lest juste ce qu’il fallait et achevais ma proie d’un simple sourire. J’excellais dans l’art de la manipulation masculine sans le prendre vraiment au sérieux. Ils tombaient comme des mouches et j’en ramassais certains de-ci de-là sur ma toile, au gré de mes itinéraires tortueux.


Grand boulevards

Et puis un jour l’impensable est arrivé. La voie royale pour certains et le comble de la médiocrité absolue pour la cynique impénitente que j’étais : je suis tombée amoureuse. Mon bonhomme en pâte à sel que je me fourrais gentiment entre les jambes s’était comme par enchantement animé, il avait fini par ressembler au cookie géant de Shrek et puis fatalement à Shrek. Et voici que la jolie princesse allait se transformer en madame Michu, même pas dernière du nom. Pour la première fois de ma vie, j’étais tombée amoureuse de quelqu’un d’autre que moi-même.

-       « Pardon… Pardon… Paaaardon ! Je voudrais descendre, c’est MA station. »

-       « Ah… excusez-moi ! » Je suis dans ma bulle.

Comme une étagère qui s’écroule, l’amour est entré dans ma vie. Rien que de prononcer ce mot dans ma tête j’en ai la nausée. Mais il fallut bien que je l’admette : je l’aimais comme je n’avais jamais aimé personne auparavant. Alors comme une bête à corne, je me suis insensiblement transformée en autre chose, en ce truc qui ne se lève plus le dimanche tant qu’il n’a pas appelé, qui compte les heures entre deux textos, qui se surprend à lire l’horoscope, à en lire deux, qui commence un régime, qui pense à ce qu’elle ferait mieux de ne pas dire et qui en devient une autre personne, plus faible, plus incomplète, inachevée.

Plus conne aussi. Au début, ce sentiment inconnu m’excitait comme une nouvelle drogue : l’adrénaline, le cœur qui s’emballe, le diaphragme qui sursaute, les  sueurs froides, la chaleur diffuse…  Finalement, l’amour, c’était mieux que le speed, la gnôle et la coke réunis ! La came de la ménagère de moins de 50 ans, le MDMA de superette, le trip remboursé par la Sécu, si c’était ça l’amour, c’était une bonne trouvaille pour garantir la préservation de l’espèce, bien mieux que l’opium du peuple ! Alors pour une fois, je daignai me fondre dans la masse.


Bonne nouvelle 

Mon diplôme de femme amoureuse en main, j’étais toute fière d’aller annoncer la bonne nouvelle à l’élu de mon cœur. C’était hier soir. Comme souvent, il avait prétexté un séminaire de l’agence pour pouvoir passer la nuit chez moi. Il était arrivé tôt, avec deux bouteilles de champagne et du chinois de chez le traiteur. Je l’ai reçu nue sous mes longs cheveux bruns. Comme les autres nuits on a bu, baisé, ri, mangé, fait l’amour, chanté, je l’ai encore baisé jusqu’à la moelle, il m’a refait jouir, on a trop mangé et pas assez bu. Tôt le matin, il était à point.

Alors je suis allée dans la cuisine, j’ai pris le cœur (d’agneau m’avait dit le boucher), je l’ai entouré d’un beau ruban rose que j’avais acheté exprès et j’ai caché mon cadeau derrière mes reins. Je me suis présentée à lui les seins vers le ciel et le sourire d’une petite fille qui ramène une bonne note à la maison :

-       Ferme les yeux !


République

-       Ferme les yeux, j’arrive avec une surprise !... C’est bon, je peux venir ?

-       Oui, ça y est.

-       Tu triches pas hein ! Je te vois…

-       Non, promis… Viens !  Qu’est-ce que c’est ?

-       Chut ! Pose pas de question. Tends tes mains ! … Alleeez !

-       Ahn… mais c’est froid, c’est visq…. Aaaaaaah ! Mais t’es MALADE ? C’est quoi ce truc ? C’est déguelasse !

-       … Mais ça va pas ? Tu l’as fait tomber putain ! Mon cœur…  Mais t’es trop con !  Tu vois pas que je t’offre MON cœur ?

-       Quoi ?

-       Ben oui, je t’aime, lui dis-je en prenant une pause de sentinelle et étirant mon plus beau sourire.

-       T’es dingue…

J’avais posé le cœur d’agneau sur la coiffeuse et je me regardais nue dans le miroir en me caressant les cheveux.

-       Oui, dingue de toi ! C’est pas génial ?... T’es pas content ? Je t’aime. Je t’ai-me. J’aime. C’est beau !

-       Mais arrête Lili, tu n’aimerais jamais personne d’autre que toi-même !

Ce n’est pas du tout comme ça que j’avais planifié les choses : il était censé tomber à mes pieds, me faire encore une fois l’amour, peut-être pleurer un peu, ne pas vouloir rentrer chez lui et finir par y aller à reculons bien décidé à quitter sa femme.

Il se rhabillait en silence.

-       Non mais attend !… Je crois que tu n’as pas bien compris ce que je viens de te dire. Je te dis que je t’aime, moi et toi, tu vois ?

-       Et moi je te dis que tu n’aimeras jamais personne et que je ne t’aime pas non plus, me dit-il en articulant bien chaque mot et  en finissant de boutonner sa chemise.

-       Mais non ! C’est non. Ce n’est pas possible ! Je t’aime ALORS tu m’aimes.

En grande rationaliste, je me suis défendue :

-       Mais c’est profondément injuste tout ça ! Je te rappelle que la Justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. T’as oublié tes cours de terminale ou quoi ?

-       T’es complètement malade. Je me tire…

Là tout a été très vite.


Saint Sébastien  Froissart

Sébastien, quel  lâche, quel froussard !


Chemin vert

J’ai vu rouge. Il méritait une volée de bois vert !


Filles du Calvaire

Il me dégoûtait. Il m’avait déçue. Je voulais qu’il disparaisse. Petite fille déjà je ne supportais pas mes jouets cassés. Au moindre coin abimé je jetais tout à la poubelle au grand dam de ma mère mais à la grande fierté de mon papa qui me disait toujours « C’est bien ma chérie, tu auras ce qu’il y a de mieux dans la vie et les hommes te traiteront comme une princesse ! »

J’ai pris la coupe encore pleine et l’ai cassée contre la tablette la coiffeuse. Je me suis ruée sur lui. Je n’entendais plus rien, je ne voyais plus que sa peau tailladée, le rouge vif, ses mains blessées qui tentaient de protéger son visage et puis du sang partout sur son torse. Il est tombé.

J’ai rincé mes mains, mon visage et attaché mes cheveux. J’ai enfilé ma blouse blanche, mes mules assorties et je suis partie.


Bastille

Ouf ! Tout le mode descend. Allez tirez-vous ! Je reste debout incapable de me décrocher de la barre. Il ne reste plus que quelques voyageurs. La petite fille assise à côté de sa maman me regarde avec un drôle d’air. Je fais semblant  de ne pas la voir. Elle continue. Elle tire la jupe de sa mère qui ne lui prête pas attention.

-       Maman, maman, la dame ! 

La mère  lui tapote légèrement la main. Elle discute avec son amie.

-       Maman, regarde la dame ! Et elle tend le doigt vers moi, vers mes jambes.

-       Baisse ta main voyons ! On ne montre pas du doigt !

Maintenant la fillette n’arrête plus de me fixer. Je baisse la tête. Rien. Et derrière ? Mon mollet moucheté de rouge et à l’arrière de mon bras, des bavures de sang séché.

Mon téléphone vibre dans mon sac. Je fouille. Vite ! Je le sens. Je le prends. C’est Sébastien.



Texte déposé SACD.

Par Lili Castille
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Samedi 6 décembre 2008


Comme chaque soir où elle avait décidé de sortir, elle s’était arrêtée nue à mi-chemin de la salle de bains, les deux paumes pressées bien haut contre le chambranle de la porte, les fesses en arrière et le regard myope :

-          « Je ne sais pas si je vais sortir ce soir… j’ai eu une longue journée. Tu crois que je devrais y aller ma chérie ? 

-          Mais oui mon cœur, vas-y, tu travailles tellement dur en ce moment ! T’en as besoin, ça te fera du bien. »

Elle faisait mine de réfléchir un instant puis trottait jusqu’à moi et m’embrassait. Une fois repartie dans la direction de la salle de bains, elle pivotait légèrement et me faisait signe de la suivre de l’index. À cet instant précis, je savais ce qui allait se passer irrémédiablement et sans un mot. Je connaissais mon lancinant supplice et je l’attendais.

Alice et moi étions ensemble depuis deux ans. Nous nous étions rencontrées à l’anniversaire de mon frère. Elle est arrivée bien après tout le monde et on ne voyait plus qu’elle.  Son sourire, ses gestes amples, les cliquetis de ses tallons sur le sol, ses  longs cheveux en perpétuel mouvement, tout en elle était de l’énergie pure. On aurait dit un serpentin lancé à travers le salon. Les femmes l’enviaient, les hommes voulaient la baiser et moi je l’aimais déjà.  Quelques mots et nous sommes reparties ensemble. Un mois plus tard, elle habitait chez moi et je lui laissais les trois quarts de ma penderie. Deux années s’étaient écoulées et elle m’était toujours aussi irrésistible. Je lui cédais tout et j’adorais ça.  Alors ce soir là, encore uns fois,  je l’ai suivie.

Le rituel commençait dans la salle de bains. Pendant que je faisais couler l’eau, elle s’asseyait sur la chaise, près du panier de linge, et feuilletait des magazines.  Je vérifiais la température du bain, faisais mousser la crème, ajoutais quelques gouttes d’huiles essentielles, une grosse bougie à l’extrémité de la baignoire et je m’accroupissais contre son bord. Elle me tendait le magazine qu’elle était entrain de lire et passait lentement devant moi presque en me frôlant, puis elle allongeait  une jambe et l’autre et disparaissait dans la mousse. Là, je devais lui savonner le corps avec une éponge, sans que nos deux peaux ne se touchent, le long de ses longues jambes, suivre le pourtour de ses hanches, lui presser un peu le sein pour que l’eau s’échappe de l’éponge et ruisselle sur son ventre, caresser sa nuque, ses épaules, le creux de sa main. Alors elle s’allongeait et fermait les yeux. Je l’attendais immobile aux pieds du bain.  Il m’était arrivé d’avoir des hématomes aux genoux à force de les écraser contre le carrelage en attendant qu’elle veuille bien ouvrir les yeux. Mais sur le moment mes membres endoloris me procuraient une étrange sensation de bien-être et l’image de ce qui allait suivre m’excitait tellement que j’étais prête à tout pour qu’elle me permit d’en jouir.

Elle n’avait pas besoin de mots pour imposer sa loi. Un regard, une ferme empoignade suffisaient ce qui ne supportait aucune réplique, aucune protestation. Je me rappelle qu’une fois, pour me signifier sa désapprobation, elle m’avait  attrapée par les cheveux et m’avait tenue suspendue quelques instants. Quelques  longs instants qui  me pressèrent le sexe jusqu’à le faire gonfler comme une bouée. Je jouis sur le coup.  L’onde de choc fut tellement violente que je crus que je m’étais pissée dessus.

Quant enfin elle rouvrait les yeux j’avais le droit de me lever et d’aller chercher le rasoir et le savon. Des deux bras, elle se hissait en haut de la baignoire, posait ses fesses sur le rebord, contre le mur de droite, et arcboutait les jambes des deux cotés de la vasque. Seulement alors il m’était permis d’enlever ma culotte et de me glisser à mon tour dans l’eau. Je m’asseyais face à ses jambes écartées qui m’offraient une vue bien dégagée. J’aurais voulu plonger ma langue en elle et l’avaler toute entière mais cela était interdit. Je pouvais juste approcher ma tête pour sentir son odeur âcre et bouillonnante qui ne faisait que m’exciter davantage. Parfois, quand je m’approchais  un peu trop et que mon souffle venait lui caresser les lèvres, elle me plongeait la tête dans l’eau en riant très fort. Je devais me contenter de lui raser le sexe, art auquel je m’adonnais avec autant de volupté que de précision chirurgicale de peur de lui faire mal. Une fois rasée, je rinçais le peu de fourrure qu’il restait avec l’eau du bain.

 Le deuxième acte se déroulait dans la chambre à coucher. Elle s’allongeait sur le lit sans même se sécher et faisait sa petite moue d’enfant gâtée, pressant les cuisses l’une contre l’autre. Alors j’ouvrais les premiers tiroirs de la commode et je passais en revue les innombrables et compliqués dessous chics qu’elle ne portait que pour ses sorties. Je restais debout devant elle et les présentais à son approbation un par un, bas après bas, culotte après culotte. Sans un mot. Aucun. Parfois je me penchais sur elle et posais sur une bretelle son épaule pour m’assurer qu’elle seyait à son teint, parfois mes doigts effleuraient sciemment le bout de son sein et je me faisais gentiment rappeler à l’ordre.

Ce soir là, elle jeta son dévolu sur un serre-taille noir à jarretelles, des bas couleur chair et un soutien-gorge triangle trop grand pour elle. Elle dansait nue sur le matelas pendant que je préparais son attirail de femme fatale. Je la regardais qui ondulait devant moi commue une guimauve  sur l’étalage d’une fête foraine.  Sa peau encore moite luisait par intermittence dans l’obscurité - elle me faisait penser à ces lucioles presque irréelles que l’on ne voit que d’été -, ses cheveux alourdis par l’humidité lui fouettaient les joues comme une épaisse écume à chacune des arabesques que dessinait sa nuque et ses petits tétons en forme de palourde frétillaient légèrement. Sa macabre danse nuptiale terminée, elle descendit parmi les mortels et enfila sa petite sa robe bleue.  Elle était prête.

Je lui servis un verre de vin rouge et m’apprêtai à recevoir la première partie de ma récompense. Elle le but à petites gorgées, en se regardant dans la glace. Puis elle posa le verre et se dirigea vers moi :

« Ecarte les jambes !».

Elle s’assit sur l’accoudoir du canapé et se pencha vers moi. Elle glissa ses doigts dans ma fente puis me branla carrément le clito qui gonfla aussitôt comme une cerise. Je commençais à prendre mon pied et elle s’arrêta un moment. Elle reprit à me triturer et s’enfonça en moi d’un coup sec. Je sentais des spasmes de plaisir me remonter le ventre. Au bord de l’orgasme,  alors que mon visage ne m’obéissait plus, elle sortit sa main de mon vagin et se dirigea vers la porte d’entrée.

« Surtout tu ne bouges pas.  Je veux que tu sois exactement dans cette position quand je reviendrai ».

Jusqu’à cet instant, tout se déroulait donc comme d’habitude. Elle me laissait au bord de la jouissance, le clitoris sur le point d’exploser et les jambes écartées. Elle sortirait, boirait, se ferait sucer et baiser par un autre et prendrait bien soin de n’effacer aucune trace de ces souillures sur son corps, puis elle rentrerait, encore puante du plaisir de l’autre, encore pleine de son sperme refroidi et viendrait se coller à moi pour m’exhiber ses trophées charnels.  Une nuit, il avait fallu que je la nettoie de ma langue et que je lèche tout le sperme presque sec qui lui avait coulé le long des cuisses. Une autre fois, elle a voulu que je lui badigeonne l’anus encore endolori et tout rouge qu’elle avait offert à un homme pour la première fois.  J’en crevais de jalousie. Je la haïssais à en pleurer, mais j’adorais cette sensation d’impuissance et d’abandon total à l’autre. Je la laissais me faire mal et j'aimais.  Plus elle m’humiliait et plus je jouissais. Plus elle allait loin et plus je la suivais.

Ce soir-là, elle rentra très tard. J’avais faim mais je n’avais pas bougé d’un iota.  Elle entra sans me regarder et jeta son sac parterre.  Elle avait l’air complètement défoncée. Elle me lança :

« T’es encore là toi ? »

Je compris tout de suite que le jeu avait pris fin. Une douche froide. Elle était sensée rentrer toute câline en faisant la moue, comme une gentille petite fille qui a fait une bêtise qu’elle regrette très fort et à qui on donnerait le bon Dieu sans confession.  Mais non.

« Allez casse-toi bordel ! » Elle alla se servir un grand verre de rouge dans la cuisine puis revint m’insulter.

« Mais regarde toi putain, t’es qu’une merde ! » Elle traversait la pièce maladroitement, en se cognant contre les chaises.

« T’as aucun amour propre ou quoi ?... Non mais je rêve… Et t’es restée tout ce temps la chatte à l’air pendant que je m’éclatais à me faire baiser sans toi ? …  Je suis sûre que tu t’es même pas branlée… que tu m’as attendue comme le petit toutou à sa maman ! » .

Un moment, j’ai cru la voir pleurer. Elle se retourna, passa ses deux mains dans les cheveux, puis  elle revint devant moi et me refit ses yeux de fauve enragé. Elle planta ses deux poings sur ses hanches et  me cria dessus :

« Mais dis quelque chose ! Réagis merde ! »

J’avais refermé les cuisses et je restais-là à la regarder paralysée par ce nouveau scénario.

Là elle pleurait vraiment. Son visage était difforme, poisseux, avec de larges plaques rouges. Je la trouvais presque laide.

« Mais qu’est-ce que tu crois ? Tu crois que je t’aime, c’est ça ? Tu crois que c’est toi que j’aime ? »

Je ne comprenais pas pourquoi elle disait tout ça parce que savais que c’était faux, qu’elle m’avait aimé dès les premiers jours et que ça lui avait toujours fait très peur.

« Mais tu n’es rien pour moi. D’ailleurs tu n’es rien ni personne… T’as pas de couilles. Regarde-toi, putain, t’es encore assise sur ce canapé. Mais lève-toi bordel, lève toi quoi !... ».

Alors je me suis levée.

Elle se rua vers moi et me gifla une fois, puis une autre. Je la laissais me frapper  parce que j’étais incapable de réagir. Elle avait raison.

Elle me regardait pleine de mépris, les yeux exorbités injectés de sang et les doigts crispés tendus vers mon visage : « Tu me dégoutes ! T’es une vraie larve ! Une sous-merde ! Putain, mais réagis, frappe-moi ! Tue-moi ! ».

C’est à ce moment là que je lui pris le cou et je serrai. Je serrai longtemps. Elle n’opposa aucune résistance. Je voyais ses yeux qui me souriaient et qui se refermaient. Elle fut bientôt très lourde et glissa lentement parterre. Je la portai jusqu’au lit et je l’y déshabillai. Je m’assis près d’elle. Encore une fois, je lui avais obéi.

Texte dép. SACD

Par Lili Castille
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