Virginia Oldoini comtesse Vérasis de Castiglione
(Florence, 22 mars 1837 – Paris, 28 novembre 1899)
D’une incroyable beauté et d’un sens aigu
de la séduction, Virginia Oldoïni comtesse Vérasis de Castiglione débarque à Paris en 1855 et devient rapidement la maîtresse de Napoléon
III, aux fins de servir en secret les intérêts du roi de Sardaigne Vittorio
Emanuele II et de prêcher la cause de l’unité italienne. Elle y parvint sans
difficulté tellement elle excellait dans l’art de l’amour? mais cette relation hors mariage fait scandale, ce qui obligea son mari à demander le
divorce.
Elle entretint avec l'Empereur français une relation de deux ans , qui lui
ouvrit les portes des salons privés d'Europe. Courtisée par tous les « grands » de ce monde, elle eut notamment pour amants le duc d’Aumale et
le duc de Chartres, de grands avocats, comme Berryer et Léon Cléry, des hommes politiques comme Thiers et Paul de Cassagnac, des banquiers comme Laffite et
Rothschild.
Au mois de juillet 1856, la toute jeune comtesse se rendit pour la première fois
chez Mayer § Pierson, l'atelier de photographie des gens du monde. Elle reviendra dans cet atelier regulièrement pendant 40 ans. On ne connait pas le nombre exact des photographies de la
Castiglione, on sait toutefois qu' en 1913 Montesquiou en possedait 434. C'était sans aucun doute la femme la plus photografiée de son époque.
Avec l'aide de
Pierre Louis Pierson, elle fut son propre photographe jusqu'à l'accomplissement de son déclin : plus de quatre cents prises de vues célèbrent son image, ses costumes, son corps, ses attitudes
selon un rituel qu'elle déterminait entièrement et avec une invention formelle d'une puissance étonnante, bousculant tous les codes esthétiques et bienséants de son époque. Elle mit en scène,
nomma et règla au détail près ces interminables prises de vue qui, au XIXème siècle, duraient des heures.
Des heures d’immobilité pour des siècles d’immortablité.
D’un narcissisme maladif et d’une profonde détermination, la comtesse de Castiglione se rendit à l'atelier du photographe pendant 40 ans, même pendant les années de sa reclusion
volontaire au 26 place Vendôme et plus tard dans un petit appartement sombre et sale de la rue Cambon, elle revenait régulièrement poser devant l'objectif de Pierre-Louis Pierson.
Dans les années 80, elle se terra dans son hôtel parisien situé au
26 de la place Vendôme,
à l'abri des miroirs, et sombra dans l'anonymat et la neurasthénie. Elle ne sortait plus que la nuit tombée, pour ne pas être confrontée au regard que les autres portent sur les ravages que le temps avait
fait subir à sa beauté.
Quand avec l’âge sa beauté se fana, elle détruisit
les miroirs mais continua de « célébrer chaque jour les funérailles de sa beauté » en se faisant photographier.
Sa facination hallucinée pour la mort donna lieu à des clichés très durs, où sa beauté flétrissait avec ostentation devant l’objectif. Elle alla
jusqu’à se faire immortaliser serrant contre elle ses deux chiens fidèles en état de décomposition avancée.
Alors que personne n’avait le droit de la voir de son vivant à la lueur du jour, ses photographies scrutaient sans bienveillance sa démolition physique… Folie nécrophile ou artiste
d’avant-garde ?
La Castiglione mourut en 1899, à l'âge de 62 ans. Elle fut inhumée au Père-Lachaise à Paris. Ses dernières volontées ne furent pas respectées, notamment celle d'être enterrée avec la robe de
chambre qu'elle portait lors des visites de l'Empereur.
Aujourd’hui, plus encore que par son incroyable beauté, la comtesse de Castiglione continue d’exercer une fascination sur ceux qui la regardent pour son son prisme
artistique étonnamment moderne qui n’est pas sans rappeler, avec un siècle d’avance, la démarche d’une Cindy Sherman, à la fois œuvre, modèle et
artiste de sa propre image.
La comtesse de Castiglione a été de son temps incomprise mais elle est aujoud'hui
enfin reconnue pour son admirable longueur d’avance et son esprit précurseur, en tant qu'annonciatrice de l'ère de l'individualisme et du culte de
l’image.
- Émile Zola, Son Excellence Eugène Rougon, 1876. La Castiglione a inspiré le personnage de Clorinde
- La comtesse de Castiglione, 1953, film de Georges Combret
- Nathalie Léger, L'Exposition http://livre.fnac.com/a2471649/Nathalie-Leger-L-exposition
- Marianne Nahon, La Comtesse de Castiglione http://livre.fnac.com/a2231359/Marianne-Nahon-La-Comtesse-de-Castiglione