Dimanche 22 février 2009

 

 




Virginia Oldoini comtesse Vérasis de Castiglione
(Florence, 22 mars 1837 – Paris, 28 novembre 1899)




 






Adulée ou haïe par ses contemporains, folle à lier ou artiste visionnaire d’avant-garde jetant les bases de la photographie contemporaine, celle que l’on appelait « La Castiglione » reste une figure énigmatique et une femme fascinante, d’une incroyable modernité avant l’heure, qui a influencé des générations de photographes.



 

 




D’une incroyable beauté et d’un sens aigu de la séduction, Virginia Oldoïni comtesse Vérasis de Castiglione débarque à Paris en 1855  et devient rapidement la maîtresse de Napoléon III, aux fins de servir en secret les intérêts du roi de Sardaigne Vittorio Emanuele II et de prêcher la cause de l’unité italienne. Elle y parvint sans difficulté tellement elle excellait dans l’art de l’amour?  mais cette relation hors mariage fait scandale, ce qui obligea son mari à demander le divorce.









         Robert de Montesquiou fut fasciné par la comtesse :  "Je n'oublirai jamais l'émotion qui  s'empara  de moi le jour où j'appris qu'une femme vivait derrière les persiennes constamment closes d'une certaine encoignure de la place Vendôme et que cette femme était celle dont le nom etait devenu synonyme de beauté".













 





Elle entretint avec l'Empereur français une relation de deux ans
, qui lui ouvrit les portes des salons privés d'Europe. Courtisée par tous les « grands » de ce monde, elle eut notamment pour amants le duc d’Aumale et le duc de Chartres, de grands avocats, comme Berryer et Léon Cléry, des hommes politiques comme Thiers et Paul de Cassagnac, des banquiers comme Laffite et Rothschild.



 

 






Au mois de juillet 1856, la toute jeune comtesse se rendit pour la première fois chez Mayer § Pierson, l'atelier de photographie des gens du monde. Elle reviendra dans cet atelier regulièrement pendant 40 ans. On ne connait pas le nombre exact des photographies de la Castiglione, on sait toutefois qu' en 1913 Montesquiou en possedait 434. C'était sans aucun doute la femme la plus photografiée de son époque.













Avec l'aide de Pierre Louis Pierson, elle fut son propre photographe jusqu'à l'accomplissement de son déclin : plus de quatre cents prises de vues célèbrent son image, ses costumes, son corps, ses attitudes selon un rituel qu'elle déterminait entièrement et avec une invention formelle d'une puissance étonnante, bousculant tous les codes esthétiques et bienséants de son époque. Elle mit en scène, nomma et règla au détail près ces interminables prises de vue qui, au XIXème siècle, duraient des heures.












Des heures d’immobilité pour des siècles d’immortablité.











 

D’un narcissisme maladif et d’une profonde détermination, la comtesse de Castiglione se rendit à l'atelier du photographe pendant 40 ans, même pendant les années de sa reclusion volontaire au 26 place Vendôme et plus tard dans un petit appartement sombre et sale de la rue Cambon, elle revenait régulièrement poser devant l'objectif de Pierre-Louis Pierson.







   

    Dans les années  80, elle se terra dans son hôtel parisien situé au 26 de la place Vendôme, à l'abri des miroirs, et sombra dans l'anonymat et la neurasthénie. Elle ne sortait plus que la nuit tombée, pour ne pas être confrontée au  regard que les autres portent sur les ravages que le  temps avait fait subir à sa beauté.











Quand avec l’âge sa beauté se fana, elle détruisit les   miroirs mais continua de « célébrer chaque jour les funérailles de sa beauté » en se faisant photographier. 
 Sa facination hallucinée pour la mort donna lieu à des clichés très durs, où sa beauté flétrissait avec ostentation devant l’objectif. Elle alla jusqu’à se  faire immortaliser serrant contre elle ses deux  chiens fidèles en état de décomposition avancée.
Alors que personne n’avait le droit de la voir de son vivant à la lueur du jour, ses photographies scrutaient sans bienveillance sa démolition physique… Folie nécrophile ou artiste d’avant-garde ?






La Castiglione mourut en 1899, à l'âge de 62 ans. Elle fut inhumée au Père-Lachaise à Paris. Ses dernières volontées ne furent pas respectées, notamment celle d'être enterrée avec la robe de chambre qu'elle portait lors des visites de l'Empereur.





  

  Aujourd’hui, plus encore que par son incroyable beauté, la comtesse de Castiglione continue d’exercer une  fascination sur ceux qui la regardent pour son son prisme artistique  étonnamment moderne qui n’est pas sans rappeler, avec un siècle d’avance, la démarche d’une Cindy Sherman, à la fois œuvre, modèle et artiste de sa propre image.


 

 



 




 


La comtesse de Castiglione a été de son temps incomprise mais elle est aujoud'hui enfin reconnue  pour son admirable longueur d’avance et son esprit précurseur, en tant qu'annonciatrice de l'ère de l'individualisme et du culte de l’image. 






 







- Émile Zola,  Son Excellence Eugène Rougon, 1876. La Castiglione a inspiré le personnage de Clorinde
- La comtesse de Castiglione, 1953, film de Georges Combret
- Nathalie Léger, L'Exposition
http://livre.fnac.com/a2471649/Nathalie-Leger-L-exposition
- Marianne Nahon, La Comtesse de Castiglione 
http://livre.fnac.com/a2231359/Marianne-Nahon-La-Comtesse-de-Castiglione






 








 

 





Par Lili Castille - Publié dans : Photographies - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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